01/07/2008*la* question*La* question
Bon, je ne vais pas avoir grand chose à dire dans les prochaines semaines parce qu’il faut que je boucle mon mémoire (forcément, je viens de trouver un nouveau bouquin sur Merleau-Ponty donc ma troisième partie n’en finit pas d’augmenter).
Cependant, lecteurs, lectrices, camarades virtuels, poutres et tomates confites (oui, j’avais envie), j’ai eu une idée pour vous occuper.
Vous allez me poser une ou plusieurs questions par mail (walter.malldwight@gmail.com), auxquelles je répondrai (de façon plus ou moins étoffée, selon ma sensibilité du moment) personnellement. D’ici trois semaines, un mois, je sélectionnerai un certain nombre de questions (et leurs réponses) que je publierai sous la forme d’un article sur ce blog mirifique.
Ces questions peuvent concerner mon avis sur une chose, mon sentiment sur une autre, ma vie, mon œuvre, mon cerveau, mon blog. Si vous avez des questions sur certaines allusions, élisions…, c’est le moment de les poser. (Par mail, donc, je le redis pour qu’on soit bien clair. Même de façon anonyme, hein ! je suis pas des RG, l’important dans cette histoire ce sont les questions ^^).
C’est qui ton héros préféré ?
Quel chef opérateur ont en commun Rohmer et Truffaut ?
Quand est-ce que tu retournes à Rome ?
Et ton mémoire, ça parle de quoi ?
C’est vrai que tu lis toujours Mickey Parade ?
Pourquoi on n’a pas eu de chronique sur le mariage de ta sœur ?
C’est vrai que Philip Glass est scientologue ? Et bouddhiste ?
Sinon, comme tu trouves ma robe ?
T’as combien de paires de lunettes ?
En vrai, t’as quel âge et tu pèses combien ?
…
Voilà quelques exemples.
Je vous attends.
Bon juillet,
Sincerely yours
J*
03/06/2008Attention c'est long, très longC'était la tournure d'un mail d'Annabelle il y a quelques mois. Elle avait mis ainsi en objet : « Des nouvelles de Madagascar attention c'est long, très long. » Ca m'avait plu, donc je reprends ce titre pour intituler la consternante succession de digressions qui va suivre.
On m'a dit récemment (et on se reconnaîtra) quelque chose de vaguement désagréable comme « t'écris plus trop sur ton blog », genre, « qu'est-ce que tu branles ?... » (oh ça va, j'écris comme je parle et je parle comme j'écris, alors permettez-moi cette tournure un brin familière).
Eh bien je vais tout vous raconter, et je conclurai par un trait de suspense. Quelque chose d'énorme se profile à l'horizon, et vous allez voir que c'est à prendre au pied de la lettre.
Alors quoi ?
Ces dernières semaines furent chargées, en terme d'examens notamment.
Histoire de l'art moderne : « décrivez la méthodologie de recherche que vous avez employée pour votre mémoire », quelque chose comme ça. Sujet facile, à deux précisions près : d'abord, la matière est enseignée par mon directeur de mémoire ; ensuite, c'est ledit directeur qui m'a, deux heures avant l'examen, démoli au sujet de ladite méthodologie dudit mémoire de moi (appréciez toutes ces allitérations). Donc bon. Difficile de trouver le juste milieu entre « ma méthodologie elle déchire » et « je suis une sous-crotte qui ne mérite pas même votre condescendance, ô Maître aimé, bouhouhou, détestez-moi ». Battre sa coulpe ou camper sur ses positions ?... Je campe peu (nan mais vous me voyez sous une tente ? – ok, pas drôle) et, avec le temps, j'ai appris à écouter les conseils et avis des autres sans (toujours) les prendre pour des agressions à l'encontre de mon délicieux être. Donc, j'ai modérément battu ma coulpe (ouch !) tout en faisant valoir le bien-fondé, fatalement candide, de ma « méthodologie », qui a consisté à lire des livres, prendre des notes et observer les tableaux que j'étudie. (Sisi, on appelle cela une « méthodologie ».)
Histoire de l'art contemporain : mes camarades msn se rappellent probablement des messages récurrents au sujet du postmodernisme (« Occupé – révise son postmodernisme, toute aide bienvenue », « parti manger – Jameson wants me dead », etc.). Et paf, sujet du partiel : « peut-on (ou doit-on, chai plus) parler d'un ou de plusieurs postmodernismes ? A l'aide d'exemples, etc., défendez votre idée, etc., etc. ».
Le postmodernisme, ou comment opposer Habermas et Lyotard (on comprend), connecter Philip Glass à Battles (mais siiiii), regretter « feu Rauschenberg » (sic) et conclure sur les collages de Schwitters.
Je vous tiendrai au courant de mes notes, pour rire.
L'Anglais et l'Italien ça compte pas, c'est juste du blabla. Même si, cela dit, j'ai passé le CLES 2 d'Italien hier (CLES pour Certificat de Langues d'Etudes Supérieures, quelque chose comme ça). D'ailleurs il y avait parmi les autres candidats un prénommé Kiriakos (j'innove pour l'orthographe, je ne l'ai pas vu écrit), duquel je me suis gentiment moqué, auquel j'ai d'une façon (malgré moi) fort déplaisante expliqué que son équivalent français était Cyriaque, et qui m'a remis un peu plus tard à ma place en m'expliquant qu'il parlait six langues. Dont le Grec, évidemment. Le lecteur attentif avait deviné. (Ouch, bis.)
Et donc c'est tout, vous dites-vous ? Eh bien, pas exactement. Je pourrais aussi vous raconter que j'ai tenté pour la troisième fois d'aller voir Louise Bourgeois à Beaubourg mais que j'ai du m'asseoir dessus (sur la tentative, pas sur Louise Bourgeois ou Beaubourg) puisque le Centre Pompidou avait été envahi par la CGT qui y avait établi son QG. Enfoirés de syndicalistes. (Oooh ça va, je taquine.) Non aux 35 heures ! la retraite à 65 ans !... (Oui, je taquine toujours.) Le même jour j'ai tenté le Louvre pour enfin voir l'expo Baccio Bandinelli, qui finissait, et j'ai trouvé dans sa librairie non pas les deux livres épuisés que m'avait recommandés mon prof mais une traduction du journal de Pontormo, peintre que j'affectionne, notamment connu pour sa Déposition de Croix... sans croix (chapelle Capponi, santa Felicità, Florence, 1525), et désormais respecté pour d'édifiantes déclarations telles que : « Jeudi matin j'ai chié deux étrons non liquides et dans ce qui en sortait c'était comme de longues mèches de coton, c'est à dire du gras blanc. » Ah, l'art ! Prout.
Sinon dans le Têtu de juin, que j'ai acheté pour rire (j'aime aussi me coincer les doigts dans une porte), on trouve une critique du film Chronique d'un scandale (Notes on a scandal) qui conclut par : « Cate Blanchett et Judi Dench sont extraordinaires dans ce drame psychologique à la fébrilité absolue ». Il faut dire que Judi Dench nous a habitués à son rôle récurrent de mère Fouettard dans les derniers James Bond, toujours prête à lui en coller une ou à se laisser tenter par les raisonnements oiseux dudit 007 (qu'il s'agisse de Brosnan ou de Craig), autant qu'elle nous a étonnés en restauratrice de fresques dans Un thé avec Musollini... Mussolinni... Bordel, M-u-s-s-o-l-i-n-i, j'y arrive, qui donne d'ailleurs la réplique à Cher, actrice toujours impeccable dont on rêve un jour de reprendre les répliques (« Champagne's on me ! » (qu'on peut traduire par « J'offre une tournée générale de champagne ! » et non pas « j'ai du champagne sur moi ! », qui fait plus cochonne qui sait pas boire que riche américaine classieuse)) à défaut de pouvoir un jour entrer dans ses costumes de scène (pas assez de hauteur de plafond chez moi, en ce qui me concerne). (Dieu que cette phrase était longue.)
Donc oui, tout ça pour dire que Judi Dench est absolument impeccable en prof autoritaire et manipulatrice, autant que Cate Blanchett en séductrice naïve et dépassée. (Et qui est navrante dans son rôle de méchante dans le dernier Indiana Jones, mais que voulez-vous, on ne peut pas être bon partout. Ah si, Nicole Kidman peut.)
Ou plutôt Nicole Kidman pouvait. Nicole Kidman était mieux avant, comme beaucoup de gens. J'ai acheté le livre de photos de Mario Testino que Taschen a sorti il y a quelques temps, et bon nombres d'entre elles sont une ode au « c'était mieux avant ». Nicole Kidman, « elle était mieux avant de se faire greffer des Francfort au dessus et au dessous des lèvres. » Lindsay Lohan, « elle était mieux avant de ressembler à un canot pneumatique. » Donatella, « elle était... euh... Moins pire avant de ressembler à un brise-glace. » (Non vraiment à ce stade-là, on n'appelle plus cela une bouche. Ca me rappelle le conseil que donne un jour Minnie Driver à Patsy Stone dans Ab Fab lorsque cette dernière se remplit les lèvres de Botox : « règle n°1 : la bouche est toujours moins grosse que le visage », quelque chose dans ce genre.)
Heath Ledger, « il était mieux avant de mourir. » (Il doit faire une drôle de bobine, maintenant.) Kirsten Dunst, « elle était mieux avant qu'on lui donne des vrais rôles. » (Oui parce que j'informe les fans que Kirsten Dunst est une mauvaise actrice. Non non, même pas passable. Mauvaise. Vous l'avez vue dans Spider-Man 3 ? Quoi, c'est un rôle de courge ? Gwyneth Paltrow aussi, elle a un rôle de courge dans un film de super héros, j'ai nommé Iron Man. Et elle s'en sort bien. Dunst, à part montrer les dents... Oh j'imagine bien les prises de vue : « Ok Kirsten maintenant tu essaies d'avoir l'air triste... Non, triste, pas inquiétante. Et rentre les dents, sinon je te fais limer tout ça. » Ok, j'exagère. Kirstun Dunst sans les dents, c'est comme un doberman avec les oreilles et la queue intactes : ça fait moins peur quand c'est à l'arrêt. Même en photo, elle a l'air chiante. Sauf quand c'est LaChapelle qui shoote.)
Madonna, « elle était mieux avant de se faire rajouter des pommettes. »
Il y a aussi une photo bizarre de Gael Garcia Bernal. Il a l'air méchant et semble tenir un couteau à cran d'arrêt, dont on ne sait pas trop s'il s'en sert de peigne ou de téléphone. « Allô, tu m'entends ? ça coupe... » (Pardon.) (Tiens, Jtf lui a loué une voiture tout récemment, ce qui fait que si je soudoie Jtf, je peux avoir son adresse et son numéro, au Bernal. Mais je braie pas un mot d'Espagnol, je serais bien embêté s'il me demandait d'arrêter d'appeler ou sinon il prévient la police.)
Donc oui, je parlais de cet excellent film avec Cate Blanchett et Judi Dench, d'autant plus excellent que c'est Philip Glass qui en a signé la musique.
Voilà.
Sinon je vous situe l'action : je suis dans le train qui me reconduit à Lyon, je viens de passer l'après-midi avec Minimounette à faire des choses aussi essentielles que regarder les questions au Gouvernement sur Itélé, chercher un sac isotherme sur lequel n'est pas écrit Picard ou Champion (et nous l'avons trouvé aux Galeries, ouais snob, je sais, pardon Mum) pour conserver mes raviolis chinois congelés, tester les encens de Nature et Découvertes. Il y en un qui sent le bordel. Cette lourde odeur qui imprègne les coussins moches d'endroits douteux. « Senteur bar à putes – Laissez-vous porter par cette entêtante évocation de souvenirs de célibat lointain, mélange de tabac tiède et de cette étrange eau de toilette que portait Candice, qui était en fait de l'aftershave parce que Candice était un monsieur. Ampoule rouge et abat-jour à frange pailletée non fournis », pourrait-on lire. (Les explications sur les encens Nature et Découvertes sont toujours d'une poésie de ce genre.)
Il y a trois personnes en première. La clim' doit être réglée à 18 ou 20°, donc on a plus l'impression d'être au Musée du Luxembourg que dans un train en juin. (Oui, il fait toujours un froid polaire dans ledit Musée ; ceux qui ont vu Arcimboldo (ou Lalique moins récemment) savent de quoi je veux parler. Quoi, Vlaminck ? Nan, j'irai pas, j'irai pas ! J'fais ce que je veux.) J'écoute la BO de Blanc dans Noir et Kajiura Muki minaude des japonaiseries. (Youli-chan, si tu me lis...) Je bois de l'Evian payée une demi-fortune au Relay avant de partir et ça me donne envie de faire pipi. (Lecteur, tu as le droit de savoir.)
Il est 20h.05, je suis officiellement passé dans la tranche horaire gratuite de mon forfait Neo... A l'heure où les grands fauves vont boire (c'est qui qui a écrit ça, déjà ?) je vais ennuyer d'autres gens par d'autre medium.
Bien à toi, ami lecteur soulagé.
J*
P.-Sc. : ah oui, je parlais d'une énorme nouvelle. Ma soeur se marie la semaine prochaine. Je vous raconterai tout cela, bien évidemment sans omettre aucun des abominables détails, avec force photos gênantes et histoires de famille drôles, touchantes et pathétiques.
Oui, je sais que tu lis mon blog, frangine. Ce post-scriptum tient lieu d'avertissement.
Mais bon, il y a une piscine à l'hôtel.
Dans l'hôtel. 28/05/2008She's on the radio...chantait Poni Hoax il y a des siècles.
J'écoutais distraitement Inter en faisant mon lit, et elle s'est mise à pleurer. C'était vers 9h.20, dans la très courte mais excellente émission de Vincent Josse, Esprit critique. Ca parlait de marionnettes, et moi les marionnettes, je m'en bats l'oeil, comme dit la Reine-Mère (mon autre grand-mère, moins citée que Mamie Porto).
Et puis elle s'est mise à pleurer, au sujet de Christine Fersen, qu'elle avait rencontrée, qu'elle « croisait ». Elle a appris son décès avec « émotion » – et elle a essayé d'étouffer ses sanglots tandis que le journaliste rattrapait le coup ; puis elle s'est remise à parler de ces saloperies de marionnettes, dont définitivement on se bat l'oeil.
Madame, je ne vous connais pas, mais je vous bise bien amicalement, si vous me permettez cet abominable moment d'épanchement sentimental dont je suis si peu coutumier.
Et si aujourd'hui, si on arrêtait les marionnettes ? On va se promener entre les gouttes, boire un café trop cher, ratatinés sur une terrasse avec des gens qui parlent fort de leur souci quotidien, entre le prix de la baguette et le supérieur tyrannique.
En rentrant on cherchera qui est Christine Fersen et on pensera à la dame aux marionnettes qui a pleuré pour elle, en direct, à la radio.
J* 24/05/2008RECHERCHE URGEMMENTLes livres suivants :
Louis Marin, "Détruire la peinture", paru chez Champs/Flammarion
(Il reparaît en septembre 2008 mais j'aurai rendu mon mémoire d'ici là. Si quelqu'un pouvait me le prêter, ou me l'échanger contre le même, mais neuf, dès qu'il paraît, je suis preneur.)
et
Françoise Bardon, "Caravage ou l'expérience de la matière"
(A n'importe quel prix.)
Avec moult remerciements,
J* 15/05/2008Aix-en-ProvencePour cause de concours administratif, recherche bonne âme pour m'héberger une nuit fin mai (date à préciser, probablement 28 ou 29).
Etudie toute proposition.
J* 30/03/2008Mes intruses du jeudi matin – Si je meursJe me suis réveillé jeudi matin avec un sentiment de grande tristesse, une tristesse idiote, de l'empathie post-mortem, à base de conditionnels, et de « et si...? », de « peut-être que... ».
Dans la nuit de mercredi à jeudi, j'ai rêvé de Jocelyne. J'ai rêvé de Jocelyne et j'ai pensé à Sophie.
Je vais vous parler de Jocelyne et de Sophie.
Jocelyne était une camarade de classe à l'école primaire, puis au collège. C'était une jolie fille, une brune énergique avec un visage volontaire, quoique toujours empreint de douceur. J'idéalise sûrement, maintenant. Mais dans dans mon souvenir, Jocelyne reste cette fillette de onze ans au caractère un peu emporté mais toujours prête à éclater de rire, cette adolescente de treize-quatorze ans qui se bat avec les garçons, qui a des bonnes notes en arts plastiques et qui se fait coller par le prof de Maths. Jocelyne avait un an de plus que moi et sa soeur, Béatrice, un an de moins. A l'école, au moment où chaque « garçon » devait avoir une amoureuse, je me retrouvais avec Béatrice, parce que les garçons la craignaient un peu. Trop silencieuse, trop mystérieuse, trop d'yeux bleus. (Tout les garçons préféraient Marion, tout le monde aimait Marion, concept pur de cheerleader à la fois blonde, jolie, populaire et bonne élève – si bien que Marion passait sans trop se poser de questions de Rémy à David, de David à Mathias, etc., en ignorant soigneusement Alexis, un camarade grassouillet et timide, et moi, le drôle de garçon qui restait les soirs dans le bureau de la directrice pour faire ses devoirs parce que sa maman ne pouvait pas venir le chercher avant cinq heures.)
J'ai deux souvenirs très distincts de Jocelyne.
Le premier doit dater du CE1 quand elle était au CE2. Nous faisions des projets de groupe, parmi lesquels : construire un château en carton, le peindre, le soumettre à la vindicte populaire. Je me souviens que les boîtes de croquettes pour chat que je rapportais de chez moi étaient très appréciées par mon groupe – invariablement composé d'Alexis, David et autres élèves plutôt impopulaires et/ou rejetés et/ou cancres – pour élever de hautes murailles autour de tourelles en rouleau de papier toilette ou de sopalin. On fit un corps de bâtiment avec une boîte de sucre, dont on ôta le bec verseur en alu. Jocelyne, qui passait par là, désigna le rebus et demanda : « vous ne vous en servez pas ? », et comme la réponse était non, elle récupéra le bec verseur qu'elle replia sur lui-même et dont elle fit un heaume à un petit gardien de son château. Cette ingéniosité nous avait stupéfaits.
Le second souvenir se passe aussi en primaire, mais plus tard. CM1 pour moi, CM2 pour Jocelyne.
Nous devions écrire des lettres à des correspondants étrangers, je crois, ou une classe étrangère, quelque chose comme ça. Je crois me souvenir qu'il y avait un genre de mini-concours pour sélectionner la lettre qui représenterait la classe ou l'école. Les institutrices avaient déjà séparé le grain de l'ivraie pour proposer au vote une dizaine de lettres, parmi lesquelles majoritairement celles d'élèves de CM2, mais aussi celle d'Alexis, celle de Marion bien sûr, et la mienne.
Jocelyne avait écrit une jolie lettre sur qui elle était, comment était sa classe, son village. Elle l'appelait « mon ami de si loin », elle voulait « aller voir son beau pays ». (Je ne me souviens pas de ma lettre.) Tout le monde s'inclina devant son talent, les tournures de ses phrases (que je jugeai pour ma part parfois trop simplistes, d'autres fois trop emphatiques – oui, je me souviens avoir pensé des critiques stylistiques), son ton sincère. La lettre fut choisie, pour d'ailleurs je ne sais quel résultat.
Puis vint le collège. Le temps faisant son oeuvre – une année scolaire suffisant, dans la perception qu'ont les enfants du temps, à effacer bien des traces – Jocelyne se borna à occuper un reflux de ma mémoire, cette mémoire qui, lorsqu'on la convoque, restitue parfaitement des souvenirs qu'on croyait disparus ; et l'année suivante, elle n'était plus que « Jocelyne, qui est en cinquième/en quatrième », selon que je fus moi-même en sixième ou en cinquième (ensuite, j'ai changé de collège).
Des années plus tard, ma soeur me parla de Jocelyne, que c'était terrible, qu'elle faisait « n'importe quoi ». J'avais oublié Jocelyne, de mon école primaire. Par un stupide lapsus mental, je pensais à Jocelyne, la secrétaire de mairie d'un patelin proche, qui était la fille d'un vieil homme chez lequel mon père achetait ses lapins, et dont le fils avait été, lointainement, un camarade, mais c'est vite dit.
(Curieux ouvrage que celui de la mémoire, comme je dis souvent, qui vous fait vous rappeler des génériques télé ou des slogans publicitaires – « Javel dire à tout l'monde ! » – au moment où, en partiel de droit du contentieux administratif, vous tueriez un proche pour qu'on vous souffle le nom d'un célèbre arrêt du Tribunal des Conflits (Société commerciale de l'Ouest africain, 22 janvier 1921) qui est indispensable à votre raisonnement.)
« Jocelyne est morte », me dit-elle.
« Qu'est-ce que tu veux que ça me foute ? », ai-je répondu à ma soeur, parce que d'une part ce que me dit ma soeur par nature ne m'intéresse pas, et d'autre part, parce qu'elle me disait que cette brave femme, que j'avais dû voir trois fois dans ma courte vie en allant à la mairie, était morte.
Jocelyne s'est faite embobinée par un drôle de type. Jocelyne s'est droguée. Jocelyne a fait une overdose.
Jocelyne ? Quoi, l'autre Jocelyne ?!...
J'ai rêvé de Jocelyne, je n'ai pas compris pourquoi ; par quel glissement de conscience ce souvenir lointain a oeuvré dans mon inconscient, proposant, à la machine qui rêve, de disserter par long filaments oniriques sur le visage doux, tout à la fois austère et souriant, de Jocelyne, en classe, en CM2.
Me réveillant là-dessus, j'ai aussitôt pensé à Sophie.
Sophie était une autre camarade de classe, que j'ai rencontrée en quatrième, au collège. C'était une jolie adolescente, avec une peau hâlée de quarteronne, un sourire franc et impeccablement blanc, des ongles manucurés et une sérieuse propension à rigoler à n'importe quel moment, pour n'importe quel sujet. Sophie était une bonne élève, elle fut probablement déléguée, d'ailleurs ; et sa jovialité la rendait populaire au sein de la classe, comparativement à une autre élève, Christine, meilleure élève encore qui, après un certain temps d'observation/inquiétude réciproques, devint ma meilleure amie.
Sophie fréquentait une fille qui tentait, comme un papillon de nuit pris dans un prisme de lumière, de s'en approcher le plus possible sans s'y brûler. Stéphanie était l'avocat, l'infirmière, la secrétaire de Sophie, et toujours un barrage entre elle et le reste du monde. Comme si pour atteindre Sophie, il fallait implicitement toujours passer les épreuves de Stéphanie.
Sophie avait eu cette incroyable faculté, je m'en souviens, de réussir à faire rire notre professeur de physique-chimie, la rigide, inflexible Mme E.
Les classes composées selon les options, en l'occurrence, pour la 4ème A, latin et Allemand, il était normal que les élèves de 4ème A se retrouvent ensemble en 3ème A. La classe se reforma avec ses mêmes groupes de camarades et une nouvelle venue, Alexia. J'avais pour ma part, à ce moment de ma scolarité, des rapports convenables avec la plupart des gens. C'est du moins l'impression que j'ai maintenant – je tirais une vague gloriole d'être le premier à parler au nom des autres pour n'importe quel motif, de même qu'un insolent pitre notoire.
Un matin, peu de temps après la rentrée, la mère de Sophie me trouva devant le collège pour me demander si je pouvais, les matins, aider Sophie à porter son cartable jusqu'en classe (le collège était en haut d'une pente, et c'était un bâtiment tortueux fait d'escalier et couloirs). Sophie était fatiguée, m'expliqua-t-elle. Pour ma part j'étais satisfait (et surpris) qu'on me prenne assez au sérieux pour qu'on puisse me demander de soulager une camarade malade.
Car Sophie était malade. Leucémie.
Quelques temps plus tard, aux premiers jours de Novembre, Mme E. (la même que susmentionné), qui était responsable du cycle 4ème/3ème, convoqua ma mère et lui conseilla vivement à de me changer d'établissement.
Je partis, donc, laissant Christine doublement furieuse : contre les profs et le collège qui m'avaient dirigé vers la sortie, et contre moi parce qu'elle savait bien qu'une large partie de ce renvoi m'était imputable.
Le temps passa, avec lui la scolarité dans mon troisième et dernier collège, duquel on demanda poliment à ma mère de me retirer pour trouver un lycée plus capable de me supporter.
Christine, qui m'avait toujours soutenu dans l'adversité, m'apprit quelques temps plus tard, alors que je demandais des nouvelles de mes camarades, qu'après s'être battue, défendue, toujours en tâchant de positiver, Sophie était morte.
Dix ans après, je rêve de Jocelyne et je pense à Sophie.
Que seraient-elles devenues ? Qui seraient-elles, où seraient-elles ?...
Jocelyne aurait fait les Beaux-Arts, à l'étranger probablement. A Bruxelles, tiens. Elle serait devenue une artiste de renom... Ou pas. Elle aurait connu un succès populaire, ou un succès d'estime, ou pas de succès du tout. Elle aurait rencontré un galeriste amical qui, au bout de quelques temps, lui aurait offert des fleurs, puis l'aurait invitée à dîner. Elle se serait enfuie par peur de s'enfermer dans un schéma social qu'elle craignait, puis elle serait revenue, se serait laissée épouser, aurait fait à cet homme charmant qui vendait quelques-unes de ses toiles trois beaux enfants, Samuel, Raphaël et Nathaniel.
Sophie serait devenue journaliste d'investigation, ou avocate d'affaires. Elle vivrait dans un appartement coquet à Paris ou Londres, elle se mettrait en ménage avec un homme d'affaires de la City qui lui proposerait de mettre leur PEL en commun, puis de se marier. Elle accepterait, mais une fois qu'elle serait passée associée dans son cabinet, ou rédacteur en chef dans son journal... Et non sans avoir eu auparavant une aventure avec une très belle fille du Nord qui lui aurait fait tourner la tête. Elle accoucherait d'une petite fille qu'ils appelleraient Matilda, parce que c'était le prénom de la grand-mère de Thomas, son jeune époux, mais aussi celui du personnage préféré de Sophie dans le roman d'enfance éponyme de Roald Dahl.
Dix ans après ?
Hier, je recevrai un mail de Sophie, qui veut revoir les gens de sa scolarité pour lesquels elle avait eu de l'estime. Christine vient de m'appeler, nous partirons ensemble à Londres pour le mariage. Stéphanie sera là.
Demain j'ai croisé Béatrice en allant chercher le pain. Elle m'a dit que Jocelyne avait eu une proposition d'exposition à Berne. J'irai la voir probablement.
Dix ans après, je me demande avec amertume où j'en serai si, comme Jocelyne, j'avais fait les mauvais choix de mauvaises personnes ; ou si comme Sophie j'avais dû subir une maladie, et la laisser m'emporter. Parfois ces questions resurgissent, aux mauvais moments (mais d'ailleurs, quels sont les bons ?), et traînent avec eux des hypothèses terribles, seulement solvables dans le temps, avec le doute qu'elles réapparaissent à tout instant ; méthodiques dans le hasard, absolutistes dans la destruction, comme devant répondre aux certitudes que l'on a mûri à leur propos.
Il ya ce poème de Rupert Brooke, The Soldier, qui commence ainsi :
If I should die, think only this of me:...
Et moi, si je meurs, que resteras-t-il de moi ? Les livres et le piano du fils, les cartes postales du neveu, les diplômes de l'étudiant, les baisers du petit ami, les rires des amis ?... Si je meurs, qui rêvera de moi en se disant que je suis un intrus du sommeil des vivants ?...
J*
06/03/2008DéviationCette semaine j'ai publié quelques mots ici : {[www]}
J*
23/02/2008Dédicace à Bruno L.En mémoire d'un certain retour de Rome ^^
10/02/2008Des nouvelles d'en basJ’ai un peu hésité avant de t’écrire, parce que ça ressemble trop à une petite commémoration, un acte unilatéral un peu égoïste : vouloir se souvenir, devoir se rappeler. Mais, après tant de cartes postales que je ne t’ai pas envoyées, j’ai l’impression que c’est le moment – même si quelque part c’est idiot d’écrire à une morte, car on écrit jamais que pour soi dans ces cas-là ; pour mal satisfaire le vide qu’elle a laissé.
Oui, je parle de toi, je te parle à toi, malgré tout ce que je viens d’écrire qui devrait me faire poser le stylo (car j’écris à la page 844 du tome V de mes carnets, ceux qui t’inquiétaient ; si tu veux je peux feuilleter lentement tous les autres, que tu les lises avec tes yeux cosmiques ; car certainement tu ne dis plus « merde, qu’est-ce que je j’ai fait de mes lunettes ?... »).
Alors, reprenons où tu t’es arrêtée. Que te manque-t-il, qu’as-tu raté ?... J’ai fini mon droit – tu serais fière. Je suis à Lyon maintenant, j’étudie l’histoire de l’art. Marie va se marier avec un garçon qui a l’air gentil, pour ne pas dire inoffensif. Nicolas va bien, on a repris contact il y a peu. Il vivote de projets et d’expositions qu’il fait en Suisse et – hasard – à Lyon.
Domi et Lili vont bien, Eric me donne aussi cette impression, malgré ses affaires qui le transportent un peu partout et qui, peut-être, ne lui donnent pas vraiment le temps de se demander s’il va bien. Maman a pleuré, et Gilles aussi ; et beaucoup.
Ta voiture – ton tank, pardon, ton abominable tape-cul – ne roulera plus, pour des raisons que nous n’éluciderons pas ici, car ce n’est pas le propos.
2008 semble se présenter plus favorablement, après des fêtes de fin d’année maussades. Tu manquais. Tu n’as pas réclamé du champagne ou du vin – « oui mais j’en bois qu’ici » – tu n’as juste picoré tes plats pour te jeter sur le fromage – « oui mais y’a qu’ici qu’il est bon ». Tu ne m’as pas demandé de t’emmener à Lyon pour « voir comment je suis installé », tu ne t’es pas gentiment moqué de Paulette en remarquant son « sacré coup de fourchette ».
Tu ne m’as pas demandé de rester quelques jours avec toi quand je t’aurais ramené.
Tu ne m’appelles plus pour me demander quand est-ce que je viens, pour me dire que tu as encadré ma dernière carte – ces cartes que je ne t’envoie plus.
…
C’est fini, mais ça continue, car tu me regardes chaque jour par les yeux de la grande photo que j’avais faite de toi devant le vitrail à la Bretêche. Je me demande, avant de faire certaines choses, comment toi tu les ferais. Je me dis que tu apprécierais sûrement que je te joue cette partition de Philip Glass que j’ai enfin fini de déchiffrer, même si tu aurais dit : « c’est joli, c’est Chopin ? »
Je pense que tu aimerais bien Julien même si tu le trouverais trop maigre ; tu demanderais des nouvelles de Marion et si « elle est toujours aussi mignonne » ; de Christine et si « elle est toujours aussi sérieuse ».
Je suis venu, hier, mais tu n’étais pas là. Je t’ai laissé des primevères.
Attends-moi samedi prochain, je viens te chercher chez la coiffeuse. Tu lui feras un gros chèque en rigolant, en disant que tu vas manger des nouilles jusqu’à la fin du mois ; et puis on ira au restaurant, on picolera du Lacrima Christi, on partagera des profiteroles et tu me raconteras pour la millième fois que « ton grand-père, s’il avait pu, ne se serait nourri que d’huîtres et de profiteroles… Avec beaucoup de whisky. »
On fera un tour de ville, on rentrera chez toi, dans ta maison surchauffée. On regardera la télé pendant que je lirai « mon Mickey » et que tu broderas.
Je ferai des croque-monsieur que tu goûteras à peine en disant que tu n’en as jamais mangé d’aussi bons, tu iras te coucher parce que tu es « lessivée » d’avoir repassé cinq chemises de « ton cher oncle ». Tu m’appelleras au milieu de la nuit parce que tu es tombée de ton lit. Dimanche matin on ira nettoyer la tombe de Papi, tu iras inspecter celles d’anciennes voisines et allant à la gare, tu me demanderas « Oh, tu es obligé de partir aujourd’hui ? »
Tu me manques tellement.
J*
02/02/2008A propos de rien / Merci, JérômeCertains morceaux de nos pensées fonctionnent comme des certitudes, et certaines de ces certitudes, pour rassurantes qu’elles soient, peuvent se fonder sur rien de rationnel.
Il en va de même pour certaines questions, qui, lorsqu’on les réduit à force de « pourquoi ? », ne donnent finalement jamais d’autres réponses qu’un irréductible « parce que c’est comme ça, et c’est tout ». Et c’est ainsi pour nos sentiments, qui parfois s’amalgament d’une façon tout à la fois étrange et charmante, ou de nos comportements qui en entachent d’autres, comme, à la sortie d’une lessive, une chemise rouge qui a dégorgé et constellé un pull blanc de ses taches roses : rien à faire, le pull a pris, tout au plus le gardera-t-on pour faire le ménage – qu’il s’agisse de le porter ou d’en faire des chiffons à poussières.
On n’est jamais certain de voir quels sentiments ont déteint sur d’autres. On jurerait presque qu’on avait ajouté, au moment d’aimer, de haïr, de croire ou d’éluder, la lingette Décolor-stop qui fait dire à la dame, dans la télé : « le tri, c’est fini ! »
Lorsque l’ombre s’étire sur ce que j’ai de plus conscient, qu’est-ce que je dois faire ? Laisser couler les ténèbres, croire que je peux vivre avec simplement en les ignorant ? Ou tenter de construire un rempart, une petite digue bariolée qui sépare la terreur de la lumière ?... Pourtant, aussi sûrement que la lingette Décolor-stop – que, cette fois, on n’a pas oublié de mettre en machine avant de croire désirer, espérer détester – ressort chaque fois grisâtre, il ne fait jamais complètement noir lorsqu’on ferme les yeux en plein jour.
Et je reste là, les yeux mi-clos, prêt à recevoir, peut-être à donner, sans vraiment comprendre pourquoi.
« Parce que c’est comme ça, et c’est tout. »
Alors oui, pour conclure ce propos vaguement abscons, je voudrais faire un grand merci à Jérôme Kerviel. Oui, merci, Jérôme, merci à toi (on se tutoie hein ?) de monopoliser les media, de détourner leur attention de notre überPräsident. Ca aura coûté un gros paquet de pognon à la Générale, mais en attendant, quel repos pour nos yeux et nos oreilles !...
Mais voilà, Il reprend ses droits. Il revient, et Il est furieux. Il attaque, avec le Cintre (surnom ancien que j’avais donné à Carla Bruni, initiale CB, Gold, Amex, Platinum, espèces acceptées), RyanAir pour cette publicité sortie dans le JDD.
Je pourrais aussi vous raconter comment je me suis fait réveiller dans le train par la sonnerie d’un portable, qui a eu le temps de faire tout un refrain avant que son propriétaire le trouve :
« J’ai la quéquette qui colle-euh / j’ai les bonbons qui font des bonds ; j’ai la quéquette qui colle-euh / dansons sur le Pont d’Avignon ».
Et puis non.
Bon week end, amis lecteurs.
J*
17/01/2008Prendre le temps de le perdre1. Lire la notice d'emploi de l'oreiller neuf acheté à Ikéa avant-hier.
2. Etablir un arbre généalogique de la famille Newman (Les Feux de l'Amour).
3. Etablir la liste des ex-fiancées de Brett Montgomery (Le Coeur a ses Raisons).
4. Apprendre la liste des départements français, et leurs numéros, avant qu'ils ne disparaissent (les deux).
5. Relire la série des Fantômette et louer le génie créatif de Georges Chaulet.
6. S'estimer heureux de ce qu'on a au moment où on l'a. En établir un classement.
7. Classer également toutes les choses inutiles qui nous entourent dans un périmètre de quatre mètres.
7b. S'apesantir sur la vacuité de son existence.
8. Lire le Monde. En entier. Avec les mentions légales en tout petit.
9. Réécrire la fin d'Harry Potter.
10. Trouver toutes les rues de sa ville qui portent un nom d'écrivain mort avant 1850, ou né après 1900.
11. Ecrire une lettre à au moins une personne de chaque onglet de son répertoire.
11b. ...ou un texto.
12. Apprendre par coeur les noms des couches de l'arbre en coupe.
13. Réfléchir à une recette de cuisine qui permettrait de se débarrasser de tout le contenu de son frigo.
14. Passer à la pratique. Goûter. Trouver ça bon et en proposer à son voisin d'en face, ou du dessous, ou d'à côté.
15. Apprendre la carte de l'Afrique de 1938.
16. Apprendre la carte de l'Afrique de 2008. Comparer.
17. Dire non à Machin.
18. Dire oui à Truc.
19. Bouder, par principe.
20. Se réconcilier avec Machin, ou Truc, et cesser de bouder.
21. Admettre que Maman a parfois raison quand elle dit que Papa a tord.
22. Apprendre la guitare.
22b. Constater à quel point c’est une mauvaise idée, brûler la guitare en invoquant les divinités maudites de l’instrument à plong (Gipsy Kings, Françoise Hardy, Sœur Sourire, Hendrix, d’autres encore).
23. En faire une vidéo de qualité moyenne mais disponible sur Dailymotion.
24. Prévoir un périple de dix-sept jours dans la Sarthe.
25. Annuler, partir en thalasso sauvage avec sa meilleure amie, cueillie au réveil ou au sortir du boulot.
26. Rechercher son correspondant du CM2, lui écrire une lettre touchante mais un peu angoissante sur l'amitié universelle.
27. Prendre contact avec tous/toutes ses exs et leur demander, une bonne fois pour toute, pourquoi il/elle nous a quitté.
28. Classer les raisons/explications/excuses par ordre de drôlerie ou de mauvaise foi.
29. Leur en faire part.
30. Se coucher en écoutant l'intégrale de Clayderman. Louer la grandeur de Bach.
J*
05/01/2008« Il pleut sur Nantes…
...donne-moi la main... »
J’avoue, c’est facile de citer Barbara en parlant de Nantes, surtout quand il pleut dessus.
Je quitte Nantes et de bien chers amis, et j’ai le coeur un peu serré. Mes dernières plaisanteries à base de poulpe et de suggestions hasardeuses (et si, finalement, Stan n’était qu’une part de gâteau déguisée ?) ne m’ont pas fait rire – moi qui suis d’ordinaire si bon public.
J’écris ces quelques mots dans un carnet rouge, je suis dans le TGV qui me ramène à Lyon. Comment voulez-vous que je parvienne à aimer Lyon alors qu’à chaque fois que j’y vais, c’est comme un militaire à demi blessé qui gagne une base de repli, comme un naufragé dont l’île n’a ni ombre ni eau douce, où comme si j’allais chez un très vieil oncle auquel on doit rendre visite pour lui souhaiter ses voeux ?...
J’aimerais envoyer mes voeux à Lyon par la poste, pour ne pas avoir à m’y rendre et n’en recevoir, malgré mes efforts et mes sourires polis, qu’une bise sèche et un regard méfiant.
J’ai l’air triste, comme ça, mais c’est tout le contraire. J’ai peu dormi, j’ai faim, et mon tempérament mélancolique, lorsqu’il pressent la solitude d’un voyage, reprend naturellement le dessus ; alors je vais peut-être donner l’impression de parler de ces derniers jours comme de cérémonieuses funérailles, mais non, vraiment, c’est tout le contraire dans mon esprit.
Car, quels délicieux moments. Et toute cette nourriture ! Je peux commencer un régime avec la certitude d’avoir pris mes derniers repas hypercaloriques de 2007 (et les premiers de 2008) avec les bonnes personnes, au bon endroit, aux bons moments.
Mais soyons sérieux un instant. J’avais décrété l’année dernière que 2007 rimerait avec pouêt, et ça n’a pas vraiment été le cas. J’exige donc que 2008 soit l’année du pouêt, ce qui vous évitera de vous masser les tempes à deux mains en vous inquiétant de savoir ce que j’oserai faire rimer avec huit (et les rimes en -uite ou -ite ne sont pas celles qui manquent, encore qu’elles sont féminines, donc normalement pas valables... bref). Je note qu’il a été suggéré que 2009 soit l’année de la meuf – idée abandonnée ; après tout, il y a déjà un jour de la femme, la fête des mères, des grands-mères et des secrétaires une fois par an, ça compense – et 2013 l’année... Euh, disons, pas de la fraise.
Je crois que si je suis maussade – outre le fait de quitter ma brillante compagnie pour voir, demain matin, trop tôt, le visage abasourdi d’un électricien devant l’étendue des travaux qu’il aura à faire chez moi – c’est parce que je ne suis pas encore bien certain d’avoir enfin abandonné 2007. J’ai l’impression de partir sur la pointe des pieds, alors que c’est avec fracas que je devrais claquer la porte. C’est le contraste avec ce charmant début de 2008 qui m’inquiète, comme si le soir du 31 où tous les gens étaient soit gentils, drôles, beaux et intelligents (et souvent les quatre en même temps) n’était qu’un hasard, ou la concession de l’an 2007 mourant.
Même la ragnole de Stan – oui, lorsqu’un chien tient dans un sac, on peut difficilement le qualifier autrement – même cette ragnole donc, pourtant très éloignée de mon type canin de prédilection (le genre gros chien noir au regard humide et protecteur), a su s’attirer ma sympathie, voire une certaine affection.
Il était donc parfaitement évident qu’au matin du 1er janvier, ce fut moi qu’elle vint chercher (je note ici que je m’étais couché trois heures plus tôt, quelque chose comme ça) pour faire son petit pipi matinal. Pour Nolita (oui, outre avoir une taille ridicule, ce chien, qui est d’ailleurs une chienne, porte un nom à la con), il était normal que la main qui la caressait la veille, qui la faisait jouer, qui lui faisait lécher en douce une assiette à dessert encore enduite de glacage au chocolat, était aussi celle qui devait tenir sa laisse.
Et donc, idem ce matin (j’y ai échappé hier pour cause de porte de chambre fermée) ; j’ai répété les mêmes gestes, qui ont consisté à rassembler des vêtements et chaussures qui ne m’appartiennent pas forcément – ou pire, qui ne me vont pas – pour descendre dans le jardin avec ce quart de chien, rendu à moitié hystérique par le besoin pressant dicté par sa vessie, laquelle (ai-je présumé en voyant l’animal pisser guère plus que l’équivalent d’une des vodka-caramel si magnifiquement ingérées par certains le 31) ne dépasse probablement pas la taille d’une noix. (Comme, paraît-il, le cerveau des diplodocus. Pardon, c’est une digression de plus.)
Tout ça pour dire que rien ne saurait entamer vraiment, j’espère et je crois, toutes les pensées et ondes positives qui m’ont fait commencer 2008, l’année de la... De la frite, tiens.
Chers lecteurs, je présume que c’est ici, après un article long comme un repas de Noël et indigeste comme son dessert, que je dois vous souhaiter mes voeux. Normalement, je les écris sur une jolie carte et les envoie dans une enveloppe assortie, mais à chaque lecteur, ça ferait beaucoup, alors je vais devoir généraliser.
Je vous souhaite une année pleine de protéines essentielles, de bonheurs pas trop fugaces, de baisers doux, de grande musique, de chagrins restreints, de samoussas végétariens (sisi, j’insiste), de voyages lointains et proches, de nuits courtes et de matins tendres, de poésie contemporaine compréhensible (oui, j’exagère un peu), de silences courtois, de rires francs – des choses vraies, du sentiment honnête et libéré, de la conscience sincère et du poulpe al dente.
Non, décidément, ça ne prend pas cette histoire de poulpe.
J’aime les biscuits !
*Ecrit le 3 janvier vers 16h.30*
Sincerely yours,
J*
23/12/2007Ah, mais ta gueule !Le Ta Gueule d'Or est attribué cette année à Stéphane Clerget, qui assène son décryptage des héros de dessins animés dans l'actuel Télé 2 semaines (22 décembre / 4 janvier). Notre grand gagnant mérite une citation complète (et le commentaire qui va avec) :
« Bob l'éponge – Le message : redeviens un bébé. – A priori, c'est pour les tout-petits, mais cela peut plaire aux 5-6 ans qui veulent régresser un peu. C'est une éponge, parce que la petite enfance est un âge où l'on absorbe tout, où l'on se trouve des modèles, où l'on retient des consignes. »
Eh oui, les types de chez Nickelodeon, ils se sont dit : « on va prendre une éponge pour que les petits puissent s'identifier à elle, parce qu'une saucière ou une bouteille de gaz, ça va pas aller. » Et puis tiens, je voudrais bien voir la tronche des parents dont les enfants s'identifient à une éponge. (« Oh diiiiiiiis Maman je peux faire la vaisselle diiiis ? »). (Oh et puis au fait, on dit « l'âge auquel on fait quelque chose », pas « l'âge où ».)
« L'histoire se passe sous l'eau, car cela s'adresse aux enfants qui sont encore dans le giron maternel, or l'eau symbolise la mère. » Oui, le pâté en croûte c'est Papa et la purée, c'est Mamie. Vous avez déjà entendu un gamin se planter devant la télé en se disant : « Je vais regarder Bob l'Eponge, ça me rappellera quand je barbotais dans Maman » ?
« Ce programme est moins éducatif que Dora (1) ou Franklin (2), on est davantage dans le divertissement pur. »
Voilà, Bob l'Eponge c'est entre Tracks et Video Gags.
Le Ta Gueule d'Argent est décerné ex-aequo à Roberto Alagna et Lorie pour les sorties respectives de leurs mauvais albums.
Le Ta Gueule de Bronze va à Paul Amar. Elle récompense son incroyable aptitude à intercaler une grosse connerie entre deux moyennes dans chaque numéro de sa mauvaise émission, Revu et Corrigé, qu'il présente sur France 5 depuis septembre.
Accessit : Guillaume Dasquié, reçu dans l'émission susnommée.
Enfin, un Ta Gueule d'honneur est décerné à Christine Angot pour l'ensemble de ses déclarations en 2007.
J*
P.-Sc. : Un peu plus de lecture ici [[[www]]].
(1) Dont « le sac à dos fait référence à la pensée magique », et qui « a plein d'amis, ce qui fait écho à l'école maternelle. »
(2) « On est là aussi dans l'exploration du monde, mais pour les enfants plus timides, plus anxieux. »
10/12/2007Mouais.Quelques mots ici : [[[www]]]
J* 01/12/2007Cronaca romana – « L’hiver ne passera pas »Les Romains ne savent pas quoi penser du temps qu’il fait au-dessus de leur ville ; certains en profitent, d’autres se contentent de s’interroger.
En nous promenant un moment, après être sortis de la Galerie Borghese, Nino s’est inquiété des feuilles mortes qui encombraient les caniveaux. « L’automne n’en finit pas. C’est triste », m’a-t-il déclaré (lui, le Sicilien, attend l’hiver alors qu’il se plaint dès que les températures sont inférieures à 17°).
Nino n’a pas changé. Il a toujours cette incroyable facilité à m’exaspérer en moins de cinq minutes, simplement parce qu’il a décidé de ne pas être d’accord ou pire, de ne pas comprendre, renvoyant d’un froncement de sourcil la faute à ma nationalité. « Voi, Francesi… ».
Nino est toujours beau. « Tu as grandi », a-t-il plaisanté en me voyant.
Rome, elle, a changé ; évidemment : on ne l’appelle pas la Ville éternelle pour rien, c’est une perpétuelle transformation. Rome a changé mais j’ai retrouvé dans les nefs de certaines églises, dans les salles encombrées de certains musées, des cierges qui avaient cessé de brûler, des tableaux recouverts d’un peu plus de poussière. Des souvenirs qui m’attendaient, propres et distincts, prêts à être convoqués, avec la crainte pour eux, et l’espoir pour moi, d’être effacés, complétés par de nouveaux. Comme je l’ai expliqué à V.-A., en retournant à l’Ecole française, « ce qui me dérange le plus, c’est de compter mon temps. Je vais réussir à faire tout ce que je me suis fixé, à voir les gens que je voulais voir, mais avec toujours en tête que mon temps est compté. Et ça, à Rome, je n’ai pas l’habitude. »
J’ai dîné mardi soir dans un bar près du Colisée où j’avais mes habitudes, m’étonnant qu’il y ait encore des tables dehors.
« Oh oui, on les enlève à la fin de l’été.
-Mais, l’été est fini.
-…Oui mais bon, il ne fait pas encore trop froid le soir. »
Même l’encart météo de Metro avertissait que l’hiver ne passerait pas, pas avec ces températures. Dimanche il a fait moche et plus trois gouttes, oui, mais le ciel s’est vite dégagé pour laisser place au soleil. J’ai troqué mon grand manteau noir pour une veste, le cachemire pour le coton, j’ai laissé tombé l’écharpe et j’ai remis mes lunettes de soleil de demi-saison, que fort heureusement je n’avais pas oubliées, me fondant ainsi presque dans la masse de ces ragazzi qui sont pour ainsi dire nés avec, probablement prêts à se faire tatouer Gucci, Prada ou D&G sur la tempe ou en bas du dos, pour avoir toujours l’impression de porter des lunettes ou un caleçon de leur couturier préféré.
En cherchant un peu, on trouve toujours le capuccino à 90 centimes, et les lasagnes à 5€. Et ça, ça fait plaisir, surtout quand on investit un gros morceau de son budget en livres (vous me connaissez…) qu’on ne trouve qu’ici, qui sont nouveaux et dont on a forcément besoin (en faisant un mémoire sur Caravage, c’est bien la moindre des choses que d’avoir une bibliographie bilingue). En revanche, tout le reste est toujours hors de prix : gants Emporio Armani : 105 € ; porte-clés Ferragamo : 80 € ; pull Missoni : 330 €. Bref, du grand n’importe quoi, spécial Américains, qui n’ont pas encore vu que l’euro avait défoncé le dollar depuis longtemps.
J’ai vu Giusi qui poursuit ses études pour devenir avocat ; elle m’a fait promettre de la choisir quand je divorcerai. (Ce qui implique que je doive d’abord me marier avec une Italienne, et en Italie. J’en suis capable.) Elle m’a raconté ces dernières aventures avec Carmine, qu’elle a poussé à se remettre aux études ; les dernières aventures de Chiara, partie à Frosinone, les dernières aventures de Michela, partie à Parme avec Marco. « Tu vois, je suis la seule à rester là, moi. »
Il y a eu des nouveaux Français à la résidence, mais aucun de bien valable.
« Ce n’est plus pareil », a repris Giusi, me laissant songeur, ce qui lui fit dire : « Tu as encore ton air mélancolique. »
(Ca m’a rappelé un certain médecin, le Dr A…, qui m’avait un jour assené : « De toute façon, vous resterez toujours profondément mélancolique. »)
Et elle a repris : « tu as grossi, ça te va bien », et puis elle s’est montrée déçue en voyant que mes cheveux étaient plus longs que les siens. La jalouse.
Nino m’a également déclaré, sur le ton de la confidence, qu’il ne faisait plus un certain nombres de choses « depuis que ». Depuis que je suis parti, depuis que Mikael est parti, depuis que son frère est arrivé à Rome pour étudier aussi. Depuis qu’il a eu vingt ans.
Je suis parti sur les traces de Caravage, allant d’église en église, de musée en musée. S’il n’y avait pas un chat au Palazzo Barberini et à la Galerie Pamphili (en même temps, faire l’ouverture, ça aide), San Luigi, Sant Agostino, …, et les autres, étaient bondées. J’ai râlés contre les gens qui prenaient des photos avec le flash, un peu plus tard j’ai pesté contre l’attente à la caisse du GS – fallait bien que je fasse le plein de parmesan – et là c’était bon, c’était officiel, j’étais Romain à nouveau, je le sentais. Les mots qui me venaient étaient italiens, mes préoccupations redevenaient profondément locales (où aller ce soir, avec qui ? Quoi faire ?... sans se demander pourquoi, juste pour être ici).
J’ai fait quelques photos en m’interdisant de faire un album de vacances, parce que des photos de Rome, j’en ai des milliers (ce qui explique que dans l’album photos, on trouve des intérieurs d’église sans avoir vu la façade, ce qui est couramment ma façon de procéder quand je présente de nouvelles choses). Comme je prépare également une conférence pour février, je me suis organisé un grand tour de ce que j’avais l’intention de montrer à mes commanditaires (j’en reparlerai en février). Ça fait toujours une drôle d’impression de repasser à l’argentique (oui, pour faire des diapos). Je suis passé à San Carlino, a Santa Maria Maggiore, j’ai marché dans une crotte de chien, je suis remonté au Vatican pour poster quelques cartes postales ; j’ai remonté le lungotevere pour aller à l’Ara pacis, puis SS. Carlo e Ambrogio, etc, etc… Des kilomètres dans les pattes.
Avec un souvenir d’impression la première fois que je suis parti de Rome, et cette impression persistante et renouvelée en montant dans l’avion : Rome, ce n’est pas fini pour moi.
J*
Album photo : http://waltermalldwight.hautetfort.com/album/novembre/ 21/11/2007« C’est formidable, une carotte. »Nous devons cette réflexion formidable à P.-A., mon voisin lyonnais. « Tu la coupes, tu la cuis ou même pas, et tu la manges », a-t-il déclaré et Jtf et moi-même, dimanche dernier, au petit déjeuner (et tandis que Jtf se gavait de croissant, après avoir répondu « quelle drôle d’idée ! » lorsque P.-A. lui avait proposé du muesli).
Les carottes, en effet, sont formidables, et les petits pois, qui leurs sont parfois associés, sont très aimables.
J’ai fini le droit.
Je veux dire, mes études de droit. C’est officiel depuis 16h.15, depuis que Mme V.-V., avec sa voix douce comme un bonbon au miel, m’a dit – après que j’ai soutenu mon rapport de stage – « je vous dis votre note mais vous la gardez pour vous le temps de proclamer les résultats ». Alors bon, je ne peux pas vous la dire, mais je peux vous donner des indices : elle est supérieure à la moyenne, mais inférieure à 20 (ooooh ?... Eh si.) Supérieure à ma note de droit budgétaire de L2 (1/20) mais inférieure à ma note de droit du contentieux administratif de L3 (18/20).
Je pourrais multiplier les indices mais, amis juristes, c’est fini, nous en reparlerons peut-être.
La fac de droit de Clermont m’aura fait vivre, indirectement, mes plus beaux moments, et directement, quelques-uns des pires. Non, je ne suis pas amer comme un fond de théière, simplement réaliste. J’ai rencontré dans ses amphis quelques-uns de mes meilleurs amis, j’aurai dû faire enfermer dans ses sous-sols quelques exs. Il en ressort un sentiment mélangé ; dubitatif sur la qualité de mes diplômes, incertain sur mon futur (surtout quand le Medef veut abolir la durée légale du temps de travail), soulagé d’en finir, encore un peu plus déprimé de voir que le temps passe encore plus vite, que mes idéaux s’émiettent avec le droit constitutionnel de la Vème République, tandis que mes espoirs croissent comme la jurisprudence en matière de droit des contrats spéciaux.
Non, ce n’est pas un genre d’oraison, juste un état des lieux. J’ai peiné, aimé, haï, ri ; entendu des professeurs médire sur d’autres ou sur leurs étudiants et des étudiants, flatter des profs ou les conspuer. J’ai écouté des conférences, dormi pendant, mangé et picolé après.
Et tout ça pour vous dire : oui, les carottes sont formidables, mais les juristes aussi – accrochez-vous, les petits ; oui, on veut vous éliminer, oui, on pense que vous êtes bon à n’être « que » des étalagistes ou des caissières à Leclerc (© Doyen actuel). Et puis, un après-midi de novembre, une dame qui pourrait être votre grand-mère vous serre la main et vous dit, avec un ton las, un peu triste peut-être, « je ne crois pas que nous nous reverrons, vous êtes parti pour de bon je présume » ; et poursuit « ce fut un plaisir de vous avoir eu en cours, et je souligne une fois la qualité de votre travail et votre implication pour l’association du master ». Elle sourit, elle a un chicot de travers mais c’est mignon ; on imagine qu’elle a des cheveux filasses mais on voudrait y passer la main ; on voudrait serrer son petit corps de moineau contre soi – mais pas trop fort, sinon ça va craquer. On voudrait boire un coup avec elle, mais elle ne boit sûrement que des tisanes fortes, ou des vins vieux avec un peu de chances, et parfois, peut-être, un armagnac dans lequel elle trempe un sucre – et là, non, ce n’est pas possible, restons chacun dans notre rôle, serrons-nous sobrement la main ; je reviendrai, je reviendrai.
J*
11/11/2007Chronique mixte : le Lyonnais refoulé et l’adolescence perdue…heureusement ! Heureusement perdue. J’éprouve finalement un vague contentement à avoir le front moins gras, le verbe moins suraigu, le cheveu long, propre, souple et coiffé (vs. court et destructuré / mi-long et sale).
Evidemment si je vous dis que la semaine dernière, j’ai assisté à un concert de Justice, ces déclarations font tout de suite sens, sisi. Moyenne d’âge : 14/17 ans ; moyenne d’âge mental : 10/12 ans ; looks : de néo-hippie à Tectonik (1) ; mots-clé : acné, bière, Converse, débiles légers/profonds ; questions principales : t’as vu ma nouvelle coupe de cheveux / mes nouvelles chaussures ? Tu me rapportes une bière si tu vas t’en chercher une ? C’est qui la meuf trop chaude qui s’agite sur le beat comme à un concours de tassepé ? Ca finit quand la première partie ? Elle est où la croix ?...
Voilà. Ajoutez à cela, dans la fosse, la pression régulière de gros demeurés qui pogotaient (ou qui, du moins, reproduisaient ce qu’ils avaient vu faire sur youtube (oui, c’est fini, la télé)), vous aurez compris qu’à minuit et demie, j’étais dans mon lit. (A noter que les personnes qui se trouvaient devant moi n’ont que peu souffert de la poussée pogotante, puisque étant moi-même parfaitement stable et d’une densité ahurissante, je faisais le tampon entre les débiles qui poussaient et les gens qui tentaient de vraiment profiter du concert. Ah oui, j’ai appris que des gens qui passent des vinyles en les tripotant et en buvant de la bière ne font pas des « concerts », ils font du « spectacle » ; un peu comme l’opéra, mais pas pareil.)
Comme j’ai regretté, l’espace d’un instant, de porter une paire de Converse. Comme j’ai apprécié d’avoir le cuissot trop large pour seulement envisager, dans un avenir proche ou lointain, de porter un jean Slim ! Non, pas la peine d’y penser. Dans une jambe de mes pantalons, on met deux ou trois crevettes de celles mentionnées plus haut.
Notez bien que si on devait courir après un de ces petits cons, on les rattraperait vite. Le Slim n’est pas étudié pour faire autre chose que des pas rapprochés. Pourquoi croyez-vous qu’ils agitent les bras dans tous les sens ? Parce que les jambes, il ne faut pas y penser. Et on entendra parler, dans quelques années, de la baisse du taux de fertilité pour cause de compression de roustons – fallait y penser plus tôt, les gars ! Le spermatozoïde a besoin de place pour se dégourdir la flagelle !...
Sinon, je vis toujours une existence merveilleuse, quoique récemment ponctuée, je l’avoue, de quelques journées de merde, largement imputables aux Lyonnais, à leur absence de sens des conventions, leur inconstance crasse et accessoirement, leur sentiment coupable d’être des provinciaux consanguins tout en habitant la plus grosse ville de France, après la capitale. C’est ce qu’on appelle couramment de la masturbation de cerveau, et si ce n’était pas aussi chronophage, ce serait presque touchant, comme un enfant autiste qui vous fait un dessin qu’on hésite à intituler « Monochrome blanc et traits rouges ». C’est ici un Petit Paris, là un Petit Louvre ; et dans leurs phrases, « c’est comme à Paris », « on fait pareil (qu’)à Paris » ; et je suis touché : ma prof d’art contemporain est de Paris IV.
J’ai un directeur de mémoire, c’est officiel. Il a commencé par me dire qu’une partie du sujet que je lui proposais était minable, que j’enfoncerais probablement des portes ouvertes et que non, Caravage n’avait pas peint qu’une seule nature morte (2). Je vous en dirai plus quand j’avancerai dans mes recherches.
J’avoue que j’ai du mal, ces derniers temps, à structurer mes posts et à en écrire des pleines pages comme à une époque pas si lointaine. Je vais tâcher de m’y remettre sérieusement. Je renouerai d’ailleurs prochainement avec la « cronaca romana »… Vous verrez.
A très bientôt, lecteur, toi qui a remarqué que les albums de septembre et octobre étaient en ligne. [[www]]
J* 09/10/2007Yeah, whatever.Je me rends compte avec effroi que je ne vous ai pas écrit quelques mots depuis un bon moment, et je remédie à cela tout de suite. D’autant que le mois commence, et l’occasion s’y prête bien.
Mhmm, je vous avais laissés dans l’expectative, prêt à vous raconter mon périple italien avec Jtf, puis nos weekends successifs dans la campagne avec J² et J~. Il faudra vous contenter, je le crains, de l’album photo d’Août (bientôt fini), de celui de Septembre (prochainement publié) et d’imaginer les pires choses, parce que tout bien considéré, qui pourrait être intéressé par le récit de mes vacances ?...
…non non, pas la peine d’insister.
Parlons futur, voulez-vous.
Comme l’année dernière, je vais vous faire un petit avertissement préliminaire sur l’année universitaire à venir : il est probable que je puisse moins poster, moins photographier, moins filmer, et ainsi de suite avec d’autres verbes du premier groupe. C’est une probabilité, ce qui signifie que je peux me tromper, hein.
Et donc, le futur. D’ici une dizaine de jours, j’aurai repris les cours, « mais de quoi ? », vous demanderez-vous à juste titre. Parce que oui, après cinq années de bons et loyaux services pour la faculté de droits, et autant de diplômes (DEUG de droit général, Licence de droit public, DU de droit anglo-américain, maîtrise de gouvernance publique et bientôt, après la soutenance de mon rapport de stage, master pro de droit du patrimoine culturel – ouais, je me la raconte), je bifurque, vers ce que certains ont appelé ma vraie destination, l’histoire de l’art. (C’est ici que je dois encore le répéter : non, on ne m’a pas forcé à faire du droit, oui, j’ai toujours aimé ça ; non, ce n’est pas du masochisme, oui, je suis major en contentieux administratif, mais seulement en licence, ok, j’arrête de me la raconter, cette fois.)
Pourquoi ?
Parce que.
C’est selon moi le prolongement logique de mes études de droit, qui m’y ont naturellement porté – même si tout cela me conduira à peu près inévitablement à des concours administratifs, j’irai avec conviction.
Oh oui, je n’ai pas précisé que je changeais d’endroit : j’ai présenté un dossier à Lyon II avec des photos de moi tout nu avec un œillet blanc entre les dents, virginale posture qui m’a valu d’être directement intégré en M1, ce qui, je l’admets en rosissant, fait bien plaisir. Dans l’immédiat, je ne sais pas encore où je dors, mais vous me connaissez aussi pour mon assurance : là où je vais, j’ai.
Dans l’immédiat, pour payer la future caution de mon futur logement, je travaille dans une composante de cette chère Université Clermont 1. Je m’occupe des inscriptions administratives et des cartes étudiants ; rien de fascinant et, étonnamment, rien qui ait un quelconque rapport avec mes études – sinon le lieu.
Je sais que je compte parmi mes plus fidèles lecteurs zet lectrices des étudiants, certains sont d’ailleurs des camarades, que dis-je, des amis. La phrase qui suit vous concerne, chers camarades, que dis-je, chers amis : je vous maudis.
Lorsque vous avez une liste de pièces justificatives à remettre pour votre dossier d’inscription, pourquoi ne pas vous y tenir ?
On s’en tape, de votre contrat de mutuelle ! On veut votre attestation de carte vitale.
On s’en cogne, de votre TOEFL ! On veut votre relevé de note du bac.
On sen TAMPONNE avec une BABOUCHE, de votre CV ! On veut les diplômes !...
Et ainsi de suite.
Mais bref.
Vu que je ne sais pas conclure ce retour à l’irréalité blogesque, je vous link une nouvelle. (A ce sujet, je peux envoyer les précédentes aux retardataires qui sont arrivés sur le lien expiré de YouSendIt).
Bis bald
J*
03/09/2007En attendant la rentrée…et le récit de mes aventures aoûtiennes, un peu de lecture (promise certes depuis longtemps) :
The happiest moment of her life [www]
La perméable exigence du temps perdu [www]
J*
14/07/2007Purement anecdotique2 788 601.93, comprenez deux millions sept cent quatre-vingt huit mille six cent un euros (et je ne sais toujours pas où mettre les s).
Et 93 centimes, mais je dis plutôt cents.
Dans un cas comme dans l’autre, ça fait un sacré paquet de pognon.
C’est l’erreur que j’ai faite la semaine dernière en saisissant des pièces comptables.
Oui, bien sûr, c’est une grosse somme. Et puis là, pas moyen de faire ctrl+Z.
Alors, païen, on supplie quelque divinité bancaire et on recourt à la grande mansuétude de son chef, qui tel une pythie delphique, annonce obscurément :
« On va représenter l’effet et extourner les frais. »
*
La [grosse qui pue] n’a pas envie de bosser, ou a trop de boulot, et me dit : « Tu sais passer un fax ?
-Mhmnon.
-C’est pas possible, on vous apprend quoi ? », répond-elle en souriant.
Ici deux solutions de réponse :
1. sourire niaisement.
2. « Je te passe ton fax si tu m’aides à changer le css de mon blog. »
(Ajouter, une fois qu’elle a le dos tourné : « Morue ».)
*
Et puis il y a ce moment où, alors que je saisissais gentiment mes escomptes, une collègue m’a surpris en train de chantonner Like a Virgin. Franchement, de quoi j’ai l’air.
*
Mon père est un héros. Un héros ordinaire, vous savez, comme on dit. Il appelle Philip Glass « le décompositeur », et ça m’agace. Il ne distingue pas Boccherini de Mozart, et ça m’amuse.
(Il a fait du poulet basquaise, et c’est bon, et ça me faire rire tout seul parce qu’avec J~, on a rebaptisé Junior Vasquez... Junior Basquaise.)
Mon père m’explique le drainage de l’eau de pluie, la longévité de Byzance et la culture de l’olive. Et ça me scie.
*
Il y a un nouvel épisodique avec moi, enfin, il a été affecté aux virements la semaine dernière. Il ressemble à Susan Sarandon. Si.
*
Dialogue avec Jtf :
Lui - Si on allait à Dijon, ce week-end, pour changer de Paris et Lyon ?
Moi - Qu’est-ce que tu veux aller foutre à Dijon ?
- Ben, chai pas…
- Y’a rien à voir à Dijon, à part les statues de Claus Sluter.
- …
- Si on allait à Strasbourg, plutôt ?...
*
Messages
Dooty me nargue : « je suis en Grèce à me baigner dans la mer ! Jaloux non ? »
Jtf néologise : « Hmmfff ! Je ghmmmff tout seul ! »
Michela s’emporte : « olalà ! je suis apte francais-ment... Oggi ho dato l’esame di francese, sono idonea ! Je suis très jolie ! A te come va ? attendo tue notizie ! A bientot :-) »
R. propose : « Soyons épicuro-empiristes ! [...] »
Jé imagine : « [...] je te vois bien en Silène. Lèvre rougie et oeil humide. »
Jtf se moque : Il y a un gros orage ! Je parie que P. Glass est en concert quelque part ! ^^ »
*
Des nouvelles de Minimounette sur msn. Toujours en Turquie, pour raisons professionnelles. Dit que je lui manque. Prétend une ascèse sexuelle. Parle de chutes d’eaux magnifiques et de vestiges romains poussiéreux.
*
Mon avenir se meut. J’en dirai plus à la rentrée.
*
J’ai commencé mon rapport de stage. J’ai écrit un paragraphe. De remerciements.
*
Je vous prépare, chers lecteurs, de quoi lire en août, puisque je serai probablement moins actif sur mon blog. Temps mou en août, pâté en croûte (© Did***).
*
Demain on vous propose de revivre, sans les changer, deux jours complets de votre vie. Lesquels choisissez-vous ?
J*  |
| Baaaajour ! tu es le ème visiteur (depuis le 28.XI.04). Ca te fait quel effet ?
WiSHLiST !
Vous êtes fermement décidé(e) à me faire un cadot mais vous
n'avez pas d'idée ?
En voici quelques unes. Des produits de consommation qui, du
fait de la consommation susdite, s'épuisent, et dont je dois régulièrement
renouveller le stock.
Je précise, avant que vous tentiez de faire le détail de
cette liste odieusement futile et matérialiste, que j'aime les dessins
d'enfants et les colliers de nouilles.
Mais pas que.
Alors,
pour ma tronche :
Ma crème
de jour : la Total
Turnaround Visible Skin Renewer de Clinique ; mon contour de l'oeil :
le Daily
Eye Hydrator de Clinique.
Pour mon
touffion :
Mon
shampoing : le Bain Satin 2 (ou 3) de Kérastase. Mon après-shampoing : le Lait
Vital de Kérastase. mon masque : le Masquintense Cheveux épais de Kérastase.
Mon produit coiffant : la Crème Nutri-Sculpt de Kérastase. (En vente seulement
chez les coiffeurs ou sur internet.)
D'autres
bricoles, hop : Liquid
Face Wash Regular Strength, Clinique ; Scruffing
Lotion 2.5, Clinique ; Gel
Nettoyant Gommant, Sisley ; Gel
Express aux Fleurs, Sisley ; UV-Response
Face Cream SPF 50, Clinique.
Pour que
mon être irradie sa senteur suave : n'importe quel parfum d'Armani (mais plutôt
l'Acqua di Gio).
Pour
confirmer ma mine toujours magnifiquement unifiée : 1
(numéro 2) ; 2
(pudre universelle libre - 30 naturel) ; 3
(beige moyen).
Voilà, ça,
déjà, c'est bien. Sinon des fleurs ça me fait toujours très plaisir, ou une
bouteille de pinard. Et si vous préférez m'offrir des livres, demandez-moi
avant, parce que j'en ai beaucoup beaucoup et que j'aurai peut-être celui que
vous pensiez m'offrir en exclusivité. Ah, si vraiment vous tenez à me faire une
surprise, évitez les romans.
Pour les
chemises ma taille c'est 39/40, selon la coupe. Pour les lunettes, la taille
pare-brise.
D'autres
idées ? ok... des cartouches
pour ma carafe, oh et puis ça
ça me ferait plaisir ; ça
aussi ; ou ça
; oh et puis ça,
là ; et puis de quoi réviser ma Renaissance : à 1
et 2
.
Voilà, je complèterai la liste au fil du temps... Si jamais
ça marche !...
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